Au-delà des élections

La période électorale est un moment de grande animation. En plus d’occuper une place centrale dans les médias, le thème des besoins et des désirs des Canadiennes et des Canadiens domine les conversations dans les foyers, autour de la table à manger, ou au bureau, autour de la fontaine. Les chefs des partis parcourent le Canada pour présenter leur vision de l’avenir. Frénétiques, les médias pondent sans discontinuer des articles où ils analysent l’évolution de la course électorale en surveillant qui prend de l’avance, qui perd du terrain, qui est hors jeu… Puis nous votons et, soudainement, la vie retrouve son calme. Oui, les élections font monter l’adrénaline, mais elles n’en demeurent pas moins un moment très fugace dans la grande aventure démocratique.

En réalité, le vrai travail pour la démocratie reçoit très peu d’attention. Il se fait quand personne ne regarde, entre les élections et loin des feux de la rampe. Les progrès démocratiques et les changements pour un monde meilleur ne commencent et ne finissent pas au bureau de scrutin. Il faut des mois, des années et même des décennies pour que des projets de changement parviennent au programme des campagnes électorales, pour qu’une nouvelle réalité prenne forme.

Cela dit, les rares fois où ce long travail de l’ombre coïncide avec les périodes électorales, les actions et les mouvements de masse ont le pouvoir d’influencer l’action politique et d’enflammer l’imagination collective. C’est ce à quoi nous assistons ces temps-ci.

Pendant longtemps, je n’ai guère cru en l’efficacité des marches de protestation. La première fois que je suis descendu dans la rue, en 2003, je m’étais joint à d’autres pour dénoncer l’invasion de l’Iraq par les États-Unis. Je vivais en quelque sorte à l’époque mon éveil politique. Et durant cette marche, entouré comme je l’étais de milliers de personnes et conscient des millions d’autres qui participaient à des manifestations parallèles dans le monde entier, je me sentais fort. Il me semblait que la voix du peuple s’entendait de partout. Mais quelques semaines plus tard, l’Iraq était envahi et, 16 ans plus tard, le monde en vit encore les conséquences. Au diable les manifestations!

C’est ce que je m’étais dit alors. Mais récemment, le mouvement de grève pour le climat dirigé par la jeune suédoise de 16 ans Greta Thunberg m’a poussé à repenser ma position. Parti d’Europe pour s’étendre à la planète tout entière, ce mouvement attire l’attention qu’il mérite. Et s’il y a encore des gens qui n’y prêtent pas attention, ils devraient vraiment commencer à le faire!

Le 27 septembre, Greta Thunberg a pris Montréal d’assaut. Avec au-delà de 500 000 activistes à ses côtés, elle a amené la ville à faire une pause. Et espérons que les climatosceptiques qui restent et que les citoyennes et citoyens apathiques ont aussi pris le temps de réfléchir. Parce qu’il faut le dire, si ce n’était pas déjà évident, ce mouvement n’a rien de passager; il carbure à l’urgence d’agir!

Pour notre monde, la tâche est énorme. Il ne suffira pas de bannir les pailles et les sacs de plastique. Pour qu’un changement réel se fasse, nous devrons abandonner les nombreux conforts et luxes dont nous avons toutes et tous trop profité, les avantages que nous tenons pour acquis et qui détruisent cette Terre où nous vivons.

Tandis que mes collègues et moi préparions la campagne « J’enseigne. Je vote. » de la FCE/CTF pour les élections fédérales de 2019, la question des grèves, des dangers climatiques et du rôle que pourrait jouer le Canada pour assurer des perspectives d’avenir plus durables et plus encourageantes occupait toute la place dans notre esprit. Les élections sont importantes, mais le seul fait de voter une fois tous les quatre ans ne remplace pas les gestes démocratiques que font quotidiennement tant de gens et qui n’attirent jamais l’attention des médias. Parmi ces gens figurent les membres du corps enseignant.

Jour après jour, nous confions aux enseignantes et enseignants du Canada la tâche non seulement d’instruire nos enfants, mais de les aider à se retrouver dans tout le bruit médiatique et à comprendre les défis qu’ils ne manqueront pas de rencontrer sur leur route. Comme le montrent les grèves du climat, ce sont nos enfants qui, en ce moment, pavent la voie et ce sont leurs enseignantes et enseignants qui peuvent contribuer à faire que les voix de ces jeunes soient entendues dans tout le pays le jour des élections.  

Le dossier des changements climatiques est l’un des cinq dossiers sur lesquels la FCE/CTF a décidé de centrer ses efforts d’action politique dans le contexte de la campagne électorale. Les autres sont : la pauvreté, la santé mentale, l’équité entre les genres ainsi que la valorisation des syndicats et des droits des travailleuses et travailleurs. Ensemble, ces dossiers ouvrent des possibilités très appréciables d’améliorer la vie de bien des gens.

La campagne « J’enseigne. Je vote. » est un des moyens qu’utilise la FCE/CTF pour aider le personnel enseignant et le public en général à prendre conscience de leur pouvoir d’influence, leur rappeler qu’ils sont actuellement en position de force et en mesure de donner cette même force à d’autres, notamment les jeunes. Pour certaines des grandes questions les plus pressantes auxquelles la population du Canada tout entier est confrontée, nos enseignantes et enseignants sont aux premières lignes. Leurs classes sont des microcosmes de la société et ils y retrouvent les bonnes et les mauvaises choses qui se manifestent dans tous les aspects de nos vies. C’est pourquoi nous devons écouter ce qu’ils ont à dire. Et en cette veille d’élections, tandis que le mouvement de protestation grandit, les enseignantes et enseignants ont la possibilité de traduire leur expérience par un geste concret le jour du scrutin et de faire passer à l’avant-plan certains des problèmes les plus graves que connaît notre société.

Pour ce qui est du mouvement de protestation, j’espère que ces marches influenceront le programme politique, parce qu’elles ne représentent pas seulement un message sur l’environnement, mais poussent pour un changement rapide de la garde. Au lieu d’attendre que la génération précédente leur passe le flambeau, les jeunes le prennent de force et exigent une action immédiate. Il n’est plus question de remettre à demain. Ce qui a commencé par la protestation d’une fille, seule, sur les marches du parlement suédois est devenu en un an à peine un mouvement mondial. Si une personne peut faire une telle chose, alors nous pouvons tous le faire et devons exercer ce droit démocratique qui est le nôtre de faire avancer le programme politique. S’il est vrai que les marches de protestation dans les rues influencent les politiques gouvernementales, alors prouvons-le le 21 octobre!

Andrew King est le directeur des communications de la FCE/CTF.

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