Un plus grand accès grâce au Citizenship Project

Tandis que les élections fédérales approchent à grands pas, il faut s’attendre à ce que certaines voix s’élèvent : des chefs de parti faisant des promesses; des universitaires qui donnent leur avis; des citoyens et citoyennes prenant la parole dans le cadre d’assemblées publiques locales; des journalistes qui tentent de rapporter les propos de tous ces gens. Mais qu’en est-il des personnes qui désirent se faire entendre, mais qui ne savent pas trop comment s’y prendre, par exemple les jeunes adultes handicapés?

Le Citizenship Project est né d’une idée du Young Adult Accessibility Advisory Council (YAAAC) du Miles Nadal Jewish Community Centre (MNjcc), où de jeunes adultes handicapés se sont réunis pour discuter des types de programmes les plus susceptibles de bien répondre aux besoins de leur communauté. Ces jeunes ont alors presque tous dit ne pas avoir reçu une éducation civique suffisante à l’école secondaire, en Ontario, car le cours était souvent annulé au profit de cours de littératie ou de numératie. Par conséquent, dans cette province, des milliers d’élèves handicapés ont obtenu leur diplôme d’études secondaires — souvent en même temps que le droit de vote — sans avoir vraiment appris comment le gouvernement fonctionne, quels services celui-ci peut leur offrir ou comment devenir de véritables agents et agentes du changement. 

Quand elle a lancé ce projet, Liv Mendelsohn, directrice de l’accessibilité et de l’inclusion au MNjcc, savait qu’elle voulait le mener en collaboration avec ces jeunes adultes (âgés entre 18 et 35 ans) qui sont systématiquement exclus d’un grand nombre de discussions publiques, et le rendre accessible et stimulant pour les jeunes ayant une déficience développementale ou intellectuelle. Les membres du YAAAC ont travaillé avec Liv pour apprendre comment soulever les questions qui les préoccupent, et ont dressé une liste de questions importantes comme le logement accessible et abordable, et le transport accessible. 

Financé par la Fondation Trillium de l’Ontario, le Citizenship Project s’est déroulé sur deux sessions de six semaines chacune. Au cours de la première session, des militantes et militants, des responsables d’organisations de la société civile, des politiciennes et politiciens, et des fonctionnaires sont venus parler de leurs domaines d’expertise respectifs. À chaque séance, pendant la première heure, de l’information était présentée aux participantes et participants qui pouvaient ensuite en discuter. Après une pause, la deuxième heure se passait en compagnie de membres de l’Ahuri Theatre, qui étaient là pour aider les jeunes à analyser ce qu’ils avaient appris et à explorer les questions par la voie de la création artistique et du théâtre. Le Citizenship Project a pour but non seulement d’amener les participantes et participants à entrer dans le monde de l’action politique, mais également de briser l’isolement et de créer un espace où les jeunes adultes ayant une déficience développementale ou intellectuelle peuvent créer des liens avec des personnes qui partagent des expériences comparables. 

La première session a commencé par la visite de la directrice générale de l’organisme CivicAction, Sevaun Palvetzian, qui a fait un survol des ordres de gouvernement et parlé des façons de s’engager dans l’action politique. Ensuite, Jay Pitter, auteure et spécialiste de l’aménagement de l’espace, est venue animer des activités visant à faire découvrir aux jeunes comment s’engager dans l’espace public et comment se sentir à l’aise d’occuper cet espace. Une autre visite, cette fois de Bryan Keshen, directeur général de Reena, une organisation à but non lucratif qui offre du logement aux jeunes adultes ayant une déficience développementale, a donné lieu à une discussion passionnée sur ce que vivent les membres du groupe lorsqu’ils sont à la recherche d’un logement convenable à Toronto. Puis, un illustre avocat et défenseur des droits des personnes handicapées, David Lepofsky, a expliqué aux membres du groupe comment devenir des militantes et militants notamment en participant à des activités en faveur de causes qui leur tiennent à cœur et en utilisant leur voix pour se faire entendre. Enfin, une séance animée par Alfred Spencer, de la Direction générale de l’accessibilité pour l’Ontario, a donné aux jeunes l’occasion de discuter de la vie à Toronto. 

À la fin de la session, les jeunes ont eu la surprise d’aller visiter l’hôtel de ville de Toronto, où le conseiller municipal Joe Cressy leur a fait faire une visite guidée des lieux et les a invités à s’asseoir dans la salle du conseil — là où la magie opère. Il a aussi répondu à leurs questions sur son travail d’élu municipal et ce qu’il fait pour aider les personnes handicapées. Les jeunes ont ensuite eu la possibilité de discuter des questions dont ils avaient parlé avec le conseiller municipal, et de demander directement des changements. Les participantes et participantes en étaient tous à leur première visite à l’hôtel de ville! 

La deuxième session du projet a été consacrée exclusivement à la réalisation de films d’animation image par image en collaboration avec la Toronto Animated Image Society, ce qui a permis aux participantes et participants de faire des liens entre ce qu’ils avaient appris pendant la première session et leurs intérêts et parcours personnels. À la fin de la session, ils ont eu la chance de regarder leurs films sur grand écran, comme des milliers d’autres personnes dans le cadre du ReelAbilities Toronto Film Festival.

La dernière activité du Citizenship Project était une activité de mentorat adaptée aux intérêts de chaque personne. À cette occasion, de jeunes dirigeants et dirigeantes des secteurs public, privé et à but non lucratif ont été jumelés aux participantes et participants avec qui ils ont dressé des plans d’action politique donnant lieu par exemple à la rédaction d’une lettre à l’intention d’une personnalité politique, à la création d’une œuvre d’art ou à la participation à une réunion communautaire.

Un participant a créé un petit magazine sur les services policiers avec l’aide d’un bédéphile local et d’une professionnelle des communications. Par ailleurs, une jeune femme qui trouvait que la classe politique ne représentait pas suffisamment les personnes handicapées et ne faisait pas assez d’effort pour nouer le dialogue avec elles s’est donné la mission, aux côtés de sa mentore, de rechercher les coordonnées des politiciennes et politiciens, et d’écrire une lettre à chacune et chacun d’entre eux. Et c’est avec une grande joie qu’elle a accueilli chaque réponse! Cette jeune femme, plutôt timide au début, a terminé le programme en se levant sans hésiter devant un groupe de personnes qu’elle ne connaissait pas pour parler de sa correspondance avec les élues et élus.

Cette prochaine année du Citizenship Project sera axée principalement sur les élections fédérales. Bien que certains des participants et participantes de l’an dernier aient eu l’occasion de voter, tous étaient d’accord pour dire que ce qui se passe au-delà du bureau de scrutin (s’ils se sont même rendus jusque-là) était obscur, voire opaque. 

Les participants et participantes auront 16 semaines pour plonger au cœur du sujet et apprendre comment le Canada élit ses politiciens et politiciennes, et découvrir ce qui se passe après les élections. Ils auront d’abord droit à la visite de représentantes et représentants de l’organisme Canadian Muslim Vote, et apprendront comment cet organisme aide sa communauté, qui compte un grand nombre de nouveaux électeurs et électrices, à comprendre comment faire des recherches sur les candidats et candidates, et les programmes électoraux. Les jeunes participeront ensuite à un exercice de simulation électorale dans le cadre de Vote PopUp, une initiative issue d’un partenariat avec le Democratic Engagement Exchange de l’Université Ryerson. Une représentante ou un représentant d’Élections Ontario viendra leur expliquer le fonctionnement d’une élection et ce qu’il faut faire pour la mener à bien. Le personnel de CIVIX rendra visite aux jeunes et leur expliquera les trois axes du pouvoir gouvernemental, puis le Centre Samara pour la démocratie décrira plus en profondeur le fonctionnement du Parlement et le travail qui s’y fait. Voilà une première session bien remplie! La session suivante, les jeunes rencontreront des militants et militantes, et des organisateurs et organisatrices, et feront une excursion à Queen’s Park où ils se réuniront avec une députée ou un député de l’Assemblée législative.

Disons et redisons-le : l’éducation civique n’est pas suffisamment enseignée au Canada. Il est essentiel de donner aux gens la possibilité de rencontrer des agentes et agents du changement et des responsables politiques en personne pour mieux comprendre le système démocratique gigantesque dans lequel ils vivent, et pour défendre les voix que nous avons besoin d’entendre davantage. Ces jeunes adultes débordent d’enthousiasme et ont une foule de questions à poser sur la politique et leur pays. Ils veulent tout savoir sur la démocratie. Et grâce au Citizenship Project, ils le pourront.

Rachel Lissner est coordonnatrice des programmes éducatifs du volet Accessibilité et inclusion au Miles Nadal Jewish Community Centre, situé dans le centre de Toronto. En plus de se consacrer à l’éducation civique et à la coordination du Citizenship Project, Rachel Lissner dirige ReelEducation dans le cadre du ReelAbilities Film Festival, à Toronto, le plus important festival cinématographique du Canada qui présente la culture des personnes handicapées et des personnes sourdes, et qui relève du MNjcc. ReelEducation est une ressource gratuite destinée aux éducateurs et éducatrices, de la maternelle à la 12e année, qui se sert du film comme moyen de discuter du handicap, de l’accessibilité et de l’inclusion dans les classes. www.reelabilities.org/reeleducation

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