Promouvoir le respect et le consentement en ligne : Éclairage d’une nouvelle étude sur le sextage et la cyberintimidation

Au cours des dernières années, le Canada a grandement contribué à une étude sur la cyberintimidation et le sextage, et en particulier la façon de traiter ces questions en classe. L’étude a mené à un changement d’approche à l’égard de ces deux problématiques : l’accent est mis moins sur le risque et la punition, et plus sur la promotion du respect et du consentement.

En ce qui concerne la cyberintimidation, ce changement a eu divers effets : mise en œuvre de programmes à l’échelle de l’école qui font aussi participer les parents et la communauté; adoption de procédures claires et cohérentes de signalement de la cyberintimidation; et création d’ateliers de formation pédagogique et de matériel de lutte contre l’intimidation pour la salle de classe. L’intimidation en ligne en particulier nécessite qu’on aide les élèves à considérer l’Internet comme un espace moral, à éviter les « pièges à empathie » et à composer avec certains aspects de la communication en ligne, par exemple l’absence de signaux comme l’expression vocale ou faciale, qui peuvent nous empêcher de ressentir de l’empathie. Elle nécessite également qu’on leur donne des moyens d’agir de façon constructive quand ils sont témoins de cyberintimidation.

Le rôle des témoins dans les situations d’intimidation hors ligne est considéré comme crucial. Les témoins de cyberintimidation, quant à eux, se font souvent dire de se dresser contre elle. L’étude d’HabiloMédias montre cependant qu’ils ont souvent de bonnes raisons de ne pas parler publiquement. La moitié des jeunes que nous avons sondés craignent que le fait d’intervenir empire les choses pour la victime, et les deux tiers ont peur que cela fasse d’eux une cible. Pour donner des moyens d’agir aux témoins, nous avons créé des outils qui proposent aux élèves des jeux de rôle sur le sujet de la cyberintimidation (pour qu’ils sachent quoi faire le moment venu) et qui les orientent vers une trousse d’outils plus complète qui contient des idées d’intervention que les jeunes eux-mêmes considèrent efficaces, comme réconforter la victime en privé, publier du contenu positif à son sujet ou parler à un adulte de confiance.

Il est particulièrement important de donner aux jeunes un plus vaste choix de possibilités d’intervention quand ils sont témoins d’intimidation notamment pour prévenir le désengagement moral, c’est-à-dire le processus par lequel nous tentons parfois de nous convaincre qu’il est acceptable de faire quelque chose que nous savons inacceptable. Les quatre principales formes de désengagement moral sont les suivantes : justifier une action (« Ce n’est pas ce que tu penses »), nier le tort (« Ce n’est pas si grave »), rejeter la responsabilité (« Ce n’est pas mon problème ») et blâmer la victime (« C’est de sa faute »). Ces mécanismes sont étroitement liés au partage non consensuel de sextos. Notre étude a également révélé que les jeunes qui étaient en accord avec des énoncés comme « Lorsque les sextos d’une fille sont partagés, cela montre les risques aux autres filles » et « Personne ne devrait être surpris que des gars partagent des sextos » étaient cinq fois plus susceptibles d’avoir déjà partagé un sexto que les jeunes qui ne l’étaient pas.

Les jeunes — en particulier les garçons — qui croient aux stéréotypes de genre, par exemple que les hommes devraient s’intéresser davantage au sexe que les femmes ou que les femmes ne peuvent être vraiment heureuses sans conjoint, sont aussi beaucoup plus susceptibles de partager des sextos. Cela montre à quel point l’idée que nous nous faisons de la masculinité et de la féminité est façonnée par les médias et à quel point la littératie médiatique demeure donc pertinente.

Grâce à cette étude révolutionnaire, HabiloMédias a mis à la disposition des enseignantes et enseignants un cadre de littératie numérique qui offre aux classes de la maternelle à la 12e année un ensemble complet de plans de leçon et d’outils fondés sur sept aspects de la littératie numérique, dont l’éthique et l’empathie, la vie privée et la sécurité, et la mobilisation de la collectivité. Ces plans de leçon et outils aident le personnel enseignant à examiner ces questions en classe et sont liés aux attentes du programme d’études de chaque province et territoire. Pour les jeunes d’aujourd’hui, il n’y a pas de frontière entre le monde en ligne et le monde hors ligne. C’est à nous de les aider à comprendre que ce qui rend les relations saines et respectueuses vaut autant en ligne qu’hors ligne.

 

 


 

Matthew Johnson est le directeur de l’Éducation à HabiloMédias.

 

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