Changements climatiques : une occasion d’apprentissage à saisir

Les changements climatiques constituent le problème le plus urgent auquel le monde est confronté. Ils ont de plus en plus d’incidence sur la santé humaine, la répartition géographique des espèces et la capacité des écosystèmes de la terre de satisfaire nos besoins physiques, économiques, sociaux et environnementaux.

Le 8 octobre 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a rendu public un rapport dans lequel il soutient qu’il ne reste plus qu’une dizaine d’années pour s’attaquer au réchauffement climatique de manière à limiter la hausse des températures à 1,5 ⁰C. Même un demi‑degré aggravera considérablement les risques de sécheresse, d’inondation, de chaleur extrême et de pauvreté pour des centaines de millions de personnes. Le rapport du GIEC soulève des questions sur la responsabilité qu’a l’éducation publique de réagir aux effets des changements climatiques et sur le rôle que les écoles devraient jouer pour préparer les jeunes apprenants et apprenantes à leur avenir, un avenir altéré par les changements climatiques.

Notre manière de gérer les changements climatiques doit absolument faire l’objet d’une discussion à laquelle le personnel enseignant et les élèves doivent participer activement. Ce sont en effet les enfants et les jeunes qui devront composer avec les effets des changements climatiques au cours des décennies à venir. Cela dit, les changements climatiques sont complexes et souvent considérés comme un problème redoutable parce qu’il n’y a pas de solution simple et encore moins de solution miracle pour y remédier[1]. Par conséquent, certains enseignants et enseignantes évitent le sujet faute de connaissances suffisantes et de perfectionnement professionnel en la matière[2]. Or, nous devrions chasser l’idée voulant que nous devons maîtriser le sujet des changements climatiques pour en parler avec nos élèves et, au contraire, nous tourner vers l’apprentissage émergent que favorisent toutes les études qui voient le jour et les effets des changements climatiques sur l’environnement local, lesquels sont autant d’occasions d’apprendre.

Certains membres du personnel enseignant indiquent également qu’ils évitent le sujet par peur de créer des conflits avec les élèves, les parents, les collègues ou les administrateurs et administratrices qui nient l’existence des changements climatiques[3]. Cependant, d’après un sondage mené récemment au Canada, la vaste majorité (86 %) des Canadiennes et Canadiens sont d’avis que les changements climatiques sont bien réels[4]. Les personnes qui nient les changements climatiques ne représentent qu’une minorité, et sensibiliser les élèves à cet important problème ne devrait plus susciter la controverse dans la population canadienne.

Dans les écoles, les changements climatiques sont, la plupart du temps, étudiés dans le cadre des cours de sciences. Leurs effets, cependant, ne se font pas sentir qu’exclusivement sur les écosystèmes. Et en étudiant les changements climatiques d’un point de vue strictement scientifique, on se penche moins sur les liens étroits entre les facteurs environnementaux, économiques, politiques et sociaux qui sont à l’origine de ces changements[5]. Par conséquent, la sensibilisation aux changements climatiques doit idéalement s’inscrire dans un cadre interdisciplinaire où les sciences naturelles sont utilisées pour mieux comprendre les systèmes climatiques, et où les sciences sociales sont utilisées pour s’attaquer aux changements, s’y préparer et communiquer à leur sujet d’un point de vue conceptuel[6]. En s’appuyant sur des stratégies découlant d’initiatives éducationnelles comme l’apprentissage transformateur, l’éducation pour le développement durable, l’apprentissage pour le XXIe siècle et l’apprentissage par la recherche, le personnel enseignant peut offrir à ses élèves de riches expériences d’apprentissage à partir de ce qu’ils connaissent des changements climatiques et des inquiétudes qu’ils ont à ce sujet. Étudier les changements climatiques localement aide les élèves à mieux comprendre cette problématique et favorise une plus grande mobilisation de leur part. Les processus d’acquisition de connaissances, les occasions d’apprentissage auprès de membres de la communauté, le fait de vivre certains effets des changements climatiques localement, la réflexion critique et l’apprentissage par la voie de projets menés dans la communauté permettent aux élèves de se mobiliser pour s’attaquer directement aux problèmes qui ont une incidence sur leur vie et leur communauté et, surtout, de contribuer à l’élaboration de stratégies d’atténuation et d’adaptation. Associer les changements climatiques à la résolution de problèmes tirés du monde réel favorise la créativité, l’innovation, la collaboration avec la communauté, la réflexion conceptuelle et la pensée systémique, toutes des compétences importantes pour les apprenantes et apprenants du XXIe siècle.

L’organisme L’éducation au service de la Terre et l’Université Lakehead mènent actuellement un sondage national sur la sensibilisation aux changements climatiques en collaboration avec Léger Recherche et stratégie conseil et grâce au soutien du Conseil de recherches en sciences humaines. Les résultats du sondage permettront de déterminer le degré de connaissance et les perceptions du grand public, des parents, des jeunes et du personnel de l’éducation à l’égard des changements climatiques, et d’évaluer les besoins dans l’enseignement de cette problématique. Cette étude arrive à point nommé, au moment où la FCE-CTF s’est engagée à devenir la voix nationale des enseignantes et enseignants qui militent en faveur de la justice climatique.

La sensibilisation aux changements climatiques peut aussi amener un sentiment de sécurité et de bien‑être à l’école. Les répercussions psychologiques du fait d’entendre parler de la dégradation de l’environnement et des problèmes sociaux liés aux changements climatiques dans les médias, qui n’hésitent pas à utiliser des scénarios catastrophes, peuvent être grandes, en particulier chez les jeunes élèves. En adoptant une approche active et éducative du problème, on aide les élèves à mieux le comprendre et on réduit chez eux l’anxiété et le stress causés par le deuil écologique[7].

Nous avons une occasion d’apprentissage unique à saisir : [Traduction libre] « Plutôt que de reculer face aux changements climatiques qui se profilent à l’horizon, nous pouvons saisir cette occasion d’apprentissage pour réfléchir à ce qui compte vraiment et profondément, envisager un avenir meilleur collectivement et devenir ensuite des visionnaires pragmatiques[8]. »

[1] Rayne, 2006.
[2] Blum, Nazir, Breiting, Goh et Pedretti, 2013; Boon, 2010; Papadimitriou, 2004.
[3] Berger et autres, 2015.
[4] EcoAnalytics, 2017.
[5] UNESCO, 2013.
[6] McKeown et Hopkins, 2010.
[7] Cunsolo et Landmann, 2017.
[8] Kagawa et Selby, 2010, p. 5.

 

 


Pamela Schwartzberg est la présidente-directrice générale de l’organisme L’éducation au service de la Terre.

 

 

 

 

Ellen Field est une chercheure postdoctorale dont les travaux sont subventionnés par le CRSH et une membre du corps professoral de l’Université Lakehead.